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Entretien réalisé par Rodolphe Christin
EN CHEMIN, TOUJOURS
Être POÈTE aujourd’hui, avec Joël VERNET
Par Joël Vernet, Rodolphe Christin publié le 24 avril 2012.

Joël Vernet, Tadjikistan, 2010, photographié par Françoise Fressonnet ©.

Joël Vernet est l’auteur d’une œuvre abondante, composée de livres souvent courts, nourris d’une prose poétique gravitant autour des thématiques du voyage et de l’errance parmi des territoires broussailleux et oubliés. Afrique, Asie centrale, Moyen-Orient, Ardèche ou Haute-Loire sont ses espaces de prédilection. A force, ce sont autant de cairns qui marquent le chemin du poète et dessinent une trajectoire, humble et tenace, évoluant à la limite de l’absence. Poète avant tout, Joël Vernet relève d’une autre époque que celle des « écrivains-voyageurs ». Il puise à d’autres sources. Le voyage et l’écriture ne sont pas les moyens de sa mise en scène, ils reconduisent à une interrogation, primordiale : que signifie le fait de vivre ? Et, dans les livres de Joël Vernet, la poésie répond, de sa manière difficile et silencieuse, d’un murmure qui jamais n’indique de recettes, à l’insoluble question : comment vivre vraiment dans ce monde-ci ? (R.C.)

RC : Joël Vernet, vous souvenez-vous des circonstances qui vous ont vu affronter vos premières lignes d’auteur ? Comment êtes-vous devenu poète ?

JV : Dans la nature, en marchant dans la nature, le plus souvent seul (je vivais entre une ferme et une maison de village), j’étais inondé par l’ombre et la lumière, celles sur les prairies, les lisières, dans les sous-bois. Je suivais les bêtes dont on m’avait confié la garde. Je vivais, au fond, comme un petit sauvage auquel on demandait simplement d’ouvrir bien grand les yeux. J’ai recueilli là des images, des sons, des odeurs pour des siècles. J’ai contemplé les plus beaux tableaux qui soient, des tableaux que n’égaleront jamais ceux des grands maîtres, dans l’écurie, au soir tombant quand je rentrais le troupeau. Seul, absolument seul, j’ai cherché ma voie qui fut assombrie par la perte. Un jour, au temps de l’adolescence, je venais de perdre un ami qui s’en allait aux foins, je marchais à l’aube à travers une vaste prairie (déjà « ma steppe »), sous un ciel d’une pureté absolue, un vent léger contre les tempes et, à cet instant-là, si mystérieux, j’ai su que j’écrirais, que je ne serais jamais qu’un « flâneur contemplant ». Ce furent quelques secondes hallucinées, jamais retrouvées depuis. Une plume d’oiseau s’était posée à mes pieds. Je lus là un signe. Il n’avait rien de divin, bien sûr. C’est un peu idiot, mais c’est pure vérité. Un autre destin m’appelait. J’allais devoir rompre avec les miens, mon petit peuple, ou plus exactement « ma communauté ». Ce fut la seule époque de ma vie où j’eus le sentiment d’appartenir à une communauté, un groupe en lequel j’ai senti, très vite, une perpétuelle dislocation interne. En jouant au football aussi, dans l’équipe du village natal, j’ai cru un instant possible l’idée d’une communauté, qui n’était qu’une petite foule sans vision aucune. Une petite foule butée, s’exténuant à respirer entre les poteaux, sans compassion visible pour tout ce qui nous entourait. Mais peut-être suis-je excessif dans le propos ? En tout cas, à l’époque, je ressentais beaucoup d’inhumanité dans les rapports entre les gens, une sorte d’indifférence. Cette façon de vivre ne serait jamais la mienne. Cette vie, pourtant, m’ouvrait au monde immense. M’envoyait à distance. Je n’ai jamais, depuis cette lointaine époque, renoncé à cette distance-là. Je n’ai jamais pu m’engager nulle part ni auprès de quiconque. Les livres, la prodigieuse fécondité des livres puis, très vite, les nombreux départs à travers l’Europe puis bien plus loin, me permettraient de bâtir pierre à pierre mes manuscrits que j’invente comme de frêles pirogues que les lecteurs dispersent dans l’azur. Oui, il m’a fallu l’arrachement et l’obstination. Ensuite, ce sont les autres qui vous qualifient de poète ou de rien du tout. Je me tiens très loin, à l’écart, pour ne pas perdre cette force. Ne voyez là aucune coquetterie, c’est mon tempérament. Ce n’est pas la vie littéraire qui m’intéresse, ses soubresauts, ses convulsions, mais la vie invisible, la vie minuscule, la vie palpitante qui me bouleverse à chaque instant. Joie de me sentir très loin sur un chemin, de voir la lumière à travers les feuillages, un papillon sur une pierre ou je ne sais quoi. Je n’ai de leçon à donner à personne. Des frères en écriture m’ont tendu la main sans le savoir. Rimbaud, Novalis, Augiéras, Porchia, Hofmannsthal, Dotremont, Tsvetaeva, Gavino Ledda, Handke, Rilke et tant d’autres, merveilleux compagnons fraternels. La liste est si longue que je dois la rompre sous peine d’écrire tout un livre de ces seuls noms là.

Vivre est cette splendeur tragique qui ne se reproduira plus, une fois parvenue à son terme. L’amour, la joie nous portent à l’écriture, même si la seule souffrance en est souvent le moteur. Mais il ne faut jamais trop parler de tout cela, au risque de devenir un singe trop savant, un idiot prétentieux. J’éprouve le seul orgueil d’avoir travaillé en créateur. Contre vents et marées. J’étais condamné au travail de la porcherie, au travail asservi comme la plupart des miens qui m’avaient précédé. J’ai refusé, grâce à eux, qui ont éclairé ma route, cet esclavage. Aujourd’hui encore, je ne sais pas vraiment qui je suis, même après tant de livres comme vous le soulignez. Même si j’appose sur le passeport ou sur les fiches d’hôtels que l’on vous demande de remplir à l’étranger, le mot écrivain. Il y a tellement d’écrivains partout, comme autant d’oiseaux dans le ciel. Suffit-il d’écrire pour être qualifié de tel ? Ou bien, n’est-ce pas la forme, l’intensité du langage, la profondeur qu’il abrite, qui seules peuvent trancher cette question très à la mode. Rythme, musique, jointage et clairvoyance hallucinés. Voilà ce qui m’embrase. Parfois je me sens comme un danseur sur la terre, habitant de partout. Ce fut toujours un bonheur pour moi de franchir des frontières, de découvrir ainsi d’autres hommes, d’autres paysages, d’aller ainsi à la rencontre. L’esprit de clocher me terrifie. Même si je voue un culte à certains lieux du pays natal, j’ai toujours le nez dans les nuages, regardant vers l’Ailleurs. Le poète ne serait-il pas l’homme universel par excellence. Souvenez-vous des vers de Mandelstam, l’incorruptible : « Et quand je vais mourir ayant servi mon temps/Moi de tout temps l’ami de tout vivant sur terre »

D’admirables auteurs n’ont absolument aucun lecteur alors qu’une foule de « cuistres » envahissent les écrans, les larges pages ignorantes des journaux. Au cœur de cette infamie, il y a malgré tout quelque chose de beau : l’aventure du langage qui sait donner des « savonnettes » ou de simples merveilles. Le maintenant exige du spectacle, des romans adaptés au cinéma, des sortes de conserves, du public, de la foule. L’écriture journalistique se recycle dans le roman, avec la promotion assurée en plus. Mais pourquoi pas, après tout. Cela nous oblige à faire preuve de discernement. La véritable profondeur, à mes yeux, chemine dans les marges, les lisières. Elle ne se laisse pas récupérer. Elle est comme un murmure, si solide cependant qu’elle ne rompt jamais. J’admire cette lenteur de l’essentiel. C’est comme si j’allais parler à un berger dans la haute montagne et que nous tiendrions, lui et moi, une conversation qui mettrait nos vies en péril, loin du brouhaha de la vallée. Une splendeur inouïe que personne ne voit ou verra plus tard, bien plus tard lorsque le temps aura fait le tri. Qui aurait pu parier une seule seconde sur les fragments d’Héraclite ? Nous ne sommes que poussière. C’est le moment du faire qui est notre grande ferveur, loin de tout, dans le silence d’une chambre ou adossé au tronc d’un arbre, l’étroit carnet sur les genoux. Pur miracle.

Dans cette aventure, au fond, il n’y a véritablement aucune loi. Chacun fait ce qu’il peut, avec les moyens que la vie lui a donnés. J’aime les ânes, les entêtés, tous ceux qui n’ont jamais baissé les bras, qui ont su rester courageux face à l’adversité, qui ont su prêter l’oreille à cette vie si fragile. Pas besoin d’être obligatoirement poète pour entendre cette rumeur-là. Mon voisin, dans le village où je vis, un menuisier à la retraite, est de cette trempe là. Il devine sans peine toutes les nervures fortes du monde et son regard est d’une telle clarté ! En outre, souvent, il m’offre les merveilleux légumes de son jardin !

Un jour, voilà près de trente ans, sur l’insistance d’une amie, j’ai envoyé des poèmes à un petit éditeur du Nord de la France, les Editions Brandes. Il en a retenu un. Les publier tous lui aurait sans doute coûté trop cher ! Je n’en croyais pas mes yeux. Je crois être toujours sur son catalogue, modeste mais riche en audace. Puis, dans les années 1988, sur envoi postal, Michel Camus et Claire Tiévant ont accueilli, sous le toit de leur jeune maison, Lettres Vives, ma Lettre de Gao. Le petit vacher que j’avais été venait de glisser ses premières notes dans la grande partition musicale du langage. J’étais très intimidé lorsque je suis allé à leur rencontre, à Paris. Je voue à ces deux personnes une reconnaissance infinie. Sans eux, j’aurais pu sombrer. J’avais 34 ans et l’Art était ma seule raison de vivre. Pure folie, j’avais tout misé sur mes brouillons d’écriture, mes maigres illusions et sur je ne sais trop quoi. Parfois, il faut savoir jeter toutes les cartes. S’en tenir à nos pauvres intuitions. La grâce organise le reste. C’est incroyable que quelqu’un vous tende la main pour un beau travail réalisé. J’ai encore aujourd’hui cette émotion dans le cœur. Et pense souvent à ce grand Monsieur qu’était Michel Camus, admirable passeur, marcheur et bien plus : il nous a laissé plusieurs livres dont la lecture donne des forces. Et a permis, avec Claire Tiévant, de donner à entendre d’admirables voix de la poésie contemporaine, française ou étrangère. Magnifique dévotion au ténu, à ce qui apparaît sans importance.

Dans Vers la Steppe (Editions Lettres Vives, 2011), vous écrivez : « Dans un monde de menteurs, il est bien difficile de déceler une parole pure ». Cette parole pure, comment fait-elle pour survivre dans un tel monde ?

Je voudrais tendre à cette parole pure, cette parole qui ouvre des failles et apaise, cette parole qui invente, qui s’invente, qui dit le bien, la joie, l’amour, la lenteur, la profonde justice. A cette dernière, quelques-uns préfèrent l’indignité, l’esclavage, l’humiliation, la sauvagerie. La parole pure est peut-être une image de la bonté, contrée immense encore à explorer comme le disait Apollinaire. J’aime ceux qui vivent debout et dignes, qui expriment dans leur langage de la douceur et de la fermeté. J’ai en horreur les prédateurs de toutes sortes qui mettent ce monde à mal. (Mais n’en suis-je pas un, moi, de prédateur ? Ne suis-je pas indigne comme un grand nombre ?) L’Art, me semble-t-il, est de l’autre côté, avec tous ceux qui tombent. Seule la vie fragile m’émeut aux larmes. Je n’aime pas les vainqueurs, les prétentieux, les petits valets quels qu’ils soient. J’aime ceux qui ne baissent jamais les yeux, ne s’en laissent pas conter par les singes savants, qui savent interroger le monde dans lequel nous vivons. J’aime les paysages qui inventent à leur tour le langage, les montagnes, les sentiers, les déserts au travers desquels filent les phrases. Je vois là une sorte, oui, une sorte de communion totale entre l’esprit et la matière. Nous ne faisons plus qu’un. C’est l’homme réconcilié, en paix avec lui-même et peut-être avec le monde. Mais comment explorer cela beaucoup mieux que je ne le tente ici ? Je bégaie, oui, j’avance à tâtons. On ne sort pas de ces espèces d’explorations dès que l’on entreprend d’expliquer, de clarifier. Nous devrions nous taire, sans doute, mais, bon, prenons le risque d’avancer avec nos erreurs, nos approximations, c’est beau aussi, non ?

La parole pure est peut-être une parole de dignité. Celle de la nature, des animaux, des gens fragiles, des enfants. C’est la parole du tremblement du monde. Je vis dans ce tremblement. Parmi des millions d’autres. Avec des millions d’autres. Je ne me suis jamais senti séparé, même si parfois j’en ai éprouvé le doute. Je ne veux pas tomber dans la martingale des jérémiades et autres plaintes. Il n’y a rien de fécond de ce côté-là. Ouste à l’amertume ! Au travail, Marcheur ! Ouvre les yeux, laisse le souffle monter dans ta poitrine, arrête-toi dans l’herbe, sous le haut frêne, glisse tes mains sous la nuque et regarde passer les beaux nuages !

Il y a, récurrente sous votre stylo me semble-t-il, cette idée que vous travaillez au bord du rien. Que ce qui retient votre intérêt n’a, pour ainsi dire, pas d’existence officielle, et que (j’extrapole) le poète est, socialement parlant, le grand absent. Celui qui, au regard du monde, n’a pas - ou plus ? - d’importance. Est-ce que toute ambition sociale vous a déserté ?

J’aime tout ce qui échappe pour agrandir la liberté de tous. Je hais l’Histoire officielle, celle que rapportent souvent, trop souvent les journaux. Pourtant, l’Histoire m’a parfois enfoncé ses poignards. Je voudrais vous rapporter des images qui ont construit mon chemin hasardeux, plus que des images, des tableaux, des lignes de fuite, des lignes de force. Ecrivant, j’ai peint puis je suis sorti de la scène, je me suis libéré de la scène originelle. Une famille pauvre dans un tout petit village de France et, à dix ans, la perte du Père. La tragédie. Les travaux des champs, l’école, la plume qui crisse sur le papier. La femme seule, la mère, murée dans son silence, avec six enfants à charge. Puis l’internat, au Lycée public du Puy-en-Velay, dans un magnifique bâtiment ancien, avec ses platanes, ses marronniers. La solitude de l’internat, le bus matinal, dans les aubes d’hiver qui me conduisait là-bas, de ma Margeride natale, le froid, la neige. J’ai toujours aimé, sans doute en raison de ce temps-là, les voyages en bus, les gares routières, les périphéries des villes où elles se tiennent, les gens avec leurs ballots, la neige dans mes livres. C’est un tableau sacré. La lecture, le soir, dans le silence de l’internat avec quelques autres, souvent compagnons lumineux (L’un d’entre eux écrira un livre magnifique sur Rebeyrolle, le peintre*) et le choc aussi, la mélancolie d’être si seul, de ne pouvoir compter que sur moi-même. Je n’avais pas de Père pour m’orienter, m’éclairer un tout petit peu, légèrement dans cette brume. Je ne savais presque rien de lui, sinon qu’il avait rejoint autrefois le maquis brièvement, il avait quinze ou seize ans, au Mont-Mouchet, Haut-lieu du Pays natal où je vais souvent marcher, lieu de sapinières, qu’il avait fait un choix qui me va droit au cœur, tout comme les jeunes gens de ma génération ont reçu le coup d’Etat de ce Salopard de Pinochet et de ses sbires en 1973 au Chili comme une profanation de la vie-même. Plus tard, dans une salle de cinéma à Montréal, parmi des dizaines de Chiliens en exil, j’ai vu un film sur le bombardement du palais de la Moneda, j’ai pleuré intérieurement. Ce sont des scènes, celles de l’Histoire, qui m’ont marqué à vie. Ecrire, c’est aller au-delà de ces scènes et lorsque j’ai su que mon grand-père paternel (que je n’ai pas connu) avait été dépossédé d’une manière trouble d’une grande ferme qu’il avait, j’ai su combien beaucoup de saleté tache toute vie humaine, que notre vie s’oriente sans que nous puissions parfois en modifier le cours. Je vis avec cette image de ma grand-mère paternelle, de ses trois enfants, sur une route, elle avait trente cinq ans, oubliée parmi les oubliés et c’est elle qui tire mon traîneau d’écriture sous la lampe lumineuse de l’Aujourd’hui. L’Histoire ne se clôt jamais, il y en a toujours un qui se lève pour chanter des sortes de psaumes. C’est un miracle que je sois parvenu à sauver une poignée de livres. Vous pensez bien que les grandes œuvres n’encombraient pas les tiroirs de la maison. Mon regret est de ne pouvoir rattraper le temps perdu. Tant d’œuvres classiques que je ne pourrai jamais lire. Si l’on pouvait m’accorder deux ou trois vies supplémentaires !!! Classique, oui, impétueux et classique, la juste forme !!! Dire la scène originelle puis s’en libérer par la seule forme de l’écriture, voilà pourquoi, dans mes livres, tout se mélange, passé, présent, futur. C’est le même élan. Si je perds cet élan, je suis mort, dans un état dépressif. Donnez-moi l’élan, toujours, images de l’Aujourd’hui ! L’élan, l’enthousiasme, la joie !

La diplomatie m’aurait intéressé, mais pour énoncer la vérité. La diplomatie, aujourd’hui, fait tout le contraire. C’est consternant. On doit se méfier des certitudes. De toute rigidité dans le propos. Seule la littérature me semble être à même de mettre en relief les subtilités, les nuances du vivant. Et pour ce faire, il faut savoir aller à pied, très lentement. Même si j’aime la vitesse, j’aime la grâce de l’escargot, le bonjour du lézard indolent, la vibration d’une herbe dans la belle lumière de juin, l’éclat d’un visage sur le trottoir d’une ville. La photographie sait nous raconter cela, dans l’éclat du noir et blanc. J’aurais dû être photographe, au fond, puisque je travaille à l’œil nu et avec mes deux oreilles. Il semble que je n’aie pas su, qu’il m’ait fallu les mots pour conter l’épopée du silence. La diplomatie ne peut pas être un travail de solitaire. Ce n’était donc pas pour moi. Je serais alors le piéton le long des routes. Le marcheur, le contemplateur, le travailleur acharné dont l’activité n’a d’intérêt pour personne. Que vaut la beauté, la vérité d’une phrase vis-à-vis d’un compte en banque lourdement chargé ? Presque rien pour le présent. Mais pour l’éternité ?

En effet, je n’ai jamais eu d’ambition sociale, le désir de prendre le pas sur les autres, d’imposer à autrui des obligations, des servages, des humiliations, de parvenir au sommet de la pyramide. J’aurais pu, je crois, occuper des fonctions. Mais les fonctions, ne vous anéantissent-elles pas ? Finir au Sénat ou sous la Coupole ? (Ça prête un peu à rire, non ?) Mais mon vœu le plus cher fut d’avoir tout le Temps à moi, le maximum de Temps. J’ai toujours travaillé en ce sens. Sans doute suis-je né démocrate, révolutionnaire sans le savoir.

D’intuition, je sais que le seul génie, les plus grandes compétences sont dans le « peuple ». Parfois, la barbarie aussi lorsque le « peuple » se laisse aveugler. Le mot « peuple » est un mot noble, même si je m’en méfie souvent comme la peste. En tant que poète, je dois rester un peu en retrait, sur la touche. Pour mieux voir, mieux entendre, mais je fais corps, en solitaire, avec ce « peuple », cet immense « peuple » des humains. J’éprouve une admiration sans borne pour l’ouvrier qui, dans son usine, ne s’en laisse pas conter, qui travaille avec ses muscles, mais aussi avec son intelligence, qui lutte contre l’arbitraire, l’injustice. Je n’ai aucune passion pour les héritiers, les bourgeois de pacotille, ces « nouveaux riches » qui ont la prétention de conquérir le monde au détriment du plus grand nombre. Je me sens solidaire du génie du « peuple », même si je travaille en solitaire. J’offre mes livres en partage. Ce n’est pas grand-chose d’éclatant, mais c’est tout de même cela. Je me tiens au bord du monde pour ne pas être englouti dans son volcan. Mais je suis tout ouïe. J’aime les créateurs, quels qu’ils soient, tous ceux qui réprouvent le fatalisme, qui donnent leur vie au vent, sans exiger de contrepartie. Ce sont des fous, me direz-vous, mais j’aime cette folie compassionnelle. J’aime la fraîcheur de l’amitié, trouvée auprès de quelques-uns, artistes ou pas et je dois beaucoup, presque tout, aux enfants, à mes enfants. Ce sont eux qui m’aident à franchir la haie du quotidien, dans l’insouciance de l’instant quotidien, c’est-à-dire, éternel.

Le poète est-il forcément un éternel marginal ?

Le poète n’est pas un marginal, mais il n’est pas, non plus, un mouton. Il est un être singulier comme nous le sommes tous. Il offre sa vision, son empreinte. Il ne se laisse pas formater. Il s’insurge. En cela, les artistes sont précieux, car ils bouleversent le regard monotone que l’on serait parfois enclin à porter sur le monde. L’écrivain vitalise une seconde fois ce qu’il voit et entend. Il sait faire vibrer l’insignifiant. Il fait corps avec la lumière du monde, le génie secret du « peuple ». Les grandes forces sont en bas, invisibles, dans l’Anonyme. En haut, il y a beaucoup de marionnettes. J’aime les marionnettes lorsqu’elles nous disent qu’elles sont des marionnettes, pas lorsqu’elles ont d’autres prétentions. Qu’elles mentent, qu’elles manipulent.

L’artiste est simplement physiquement solitaire. Mais son esprit bout à l’unisson des autres. Spirituellement, il est au cœur du monde. Le poète est celui qui a voulu grandir à sa seule façon, celui qui a choisi, par bien des manières, de demeurer un enfant, de conserver cette fraîcheur natale. Je cherche au fond cette fraîcheur-là dans tout regard que je croise, dans tout mouvement que je perçois. Voilà pourquoi, sans doute, des livres se sont écrits en moi, par moi. Cela ne finira jamais. Tenez, un rouge-gorge vient frapper à ma vitre, une lumière danse dans les branches du noisetier, un rire éclate dans la ruelle, un tout petit carnet m’attend sur la petite table placée face à la fenêtre. Qu’y puis-je si ce monde est tellement vivant ! Si ce monde m’arrache à chaque instant comme une vague.

Comment interprétez-vous le silence poétique apparent de notre époque ?

Vous avez raison, le silence poétique n’est qu’apparent, tout comme le silence politique. La création n’a jamais cessé, le besoin de la communauté ne s’est jamais totalement effondré, même si au Chili on a monstrueusement massacré, même si à l’Est les murs sont tombés, sans engendrer, semble-t-il, d’autres espérances. Tout est à réinventer. Le pouvoir créateur des peuples n’est pas au tombeau : le langage, l’écriture engendrent des aventures, des épopées. Simplement, l’étau médiatique est un beau désastre, qui tire le plus souvent l’Esprit vers le bas. Mais d’autres pistes se dessinent, des tas de gens inventent, avec beaucoup de génie, mille manières de vivre autrement. L’élan est toujours là, vous savez, cette prodigieuse rumeur du monde, c’est comme un fleuve irrigué de milliards de ruisseaux. Laissons la peur aux singes savants, aux petits boutiquiers, ne laissons pas dévorer nos soleils. Eloignons le morbide, l’amertume, ayons un peu plus de compassion les uns avec les autres, non, dans la vie courante que personne ne doit nous dicter !

Le poétique est une manière, je l’ai dit, la plus subtile, la plus vivante pour appréhender le monde. Mais il n’y a jamais de silence poétique. Jamais. Bien sûr, le poème n’a guère voix au chapitre, mais son contraire ne serait-il pas inquiétant ? Si nous étions les chantres d’un pouvoir ? La politique est souvent la langue du ras des choses, la voix menteuse, manipulatrice, mais le politique, c’est aussi l’organisation de la Cité, non ? Le poète vit dans la Cité, chaque mouvement de la Cité le touche, le heurte, appelle parfois sa colère. Rien n’est séparé, séparable. Il y a la beauté, la justice, oui, une forme d’espérance sinon, à quoi bon vivre ? On écrit pour vivre mieux, non, n’est-ce pas le cristallin St John Perse qui a dit quelque chose de semblable ? Je ne vais tout de même pas travailler dur pour appeler le malheur, la malédiction, écrire pour m’enfoncer la tête dans la boue, répandre la saloperie, la haine ? J’écris grâce à la lumière, peut-être cette lumière des peintres qui transfigure tout. Grâce à la clarté de quelques visages et des millions de voix amies, dispersées dans le Monde. J’écris grâce à toi, cher lecteur, frère lointain… Pour une lueur qui tantôt nous éloigne, tantôt nous rapproche les uns les autres. Puis, à un moment donné, je ne sais plus ce que je dis, c’est là et seulement là, dans cette puissante absence que tout peut commencer. D’autres, tant d’autres avant moi, se sont attelés à la noble tâche de la contemplation, à la noble tâche du dire, de l’écoute. Entendons Hermann Hesse, n’effleure-t-il pas quelque chose approchant les bribes que je vous livre ici : « Il semble que le seul espoir que l’homme ait reçu en partage, vraiment, soit de réformer et d’améliorer tant soit peu, non pas le monde et les autres, mais tout du moins sa propre personne, et dans les êtres qui sont ainsi repose en secret le salut du monde. » Voilà, Lecteur, ne quittons pas le chemin. En chemin, toujours.

*Rebeyrolle ou l’obstination de la peinture, Michel C. Thomas, L’un et l’Autre, Gallimard, 2009

Dernières parutions de Joël Vernet, Vers la steppe, Ed. Lettres Vives et, Journal fugitif au Moyen-Orient, vers Alep (Avec des photographies de Bernard Plossu et Françoise Nunez), Ed. Le Temps qu’il fait.

DU MEME AUTEUR

Lettres Vives

Lettre de Gao, 1988, rééd.2005

Le silence n’est jamais un désert, 1995, rééd.2001

La vie nue, 1997

Les jours sont une ombre sur la terre, 1999

La journée vide, 2001

La nuit errante, 2003

La lumière effondrée, 2004

L’abandon lumineux, 2006

Celle qui n’a pas les mots, 2009

Vers la steppe, 2011

Fata morgana

Lettre à l’abandon dans un jardin, 1994

Totems de sable, 1995

La main de personne, 1997

Petit traité de la marche en saison des pluies, 1999 (Une marche en pays dogon avec mon ami peintre Jean-gilles Badaire)

Sous un toit errant, 2000

Lettre d’Afrique à une jeune fille Morte, 2002

L’Escampette

Lâcher prise, 2004

Visage de l’absent, 2005

Lentement au désert, lentement, 2006

Le désert où la route prend fin, 2008

Le séjour invisible, 2009

L’ermite et le vagabond, 2010

Le Temps qu’il fait

La montagne dans le dos, impressions du pays dogon (avec des photographies de Michel Castermans), 2005

Journal fugitif au Moyen-Orient, Vers Alep (Avec des photographies de Françoise Nunez et Bernard Plossu), 2011

Cadex

La peur et son éclat, 1995

La mort est en feu, 1995

L’enfance est mon pays natal, 2000

La Part des Anges

Cri de pierre, poème, (peinture de Jean-Gilles Badaire) 2002

Ougarit, la terre, le ciel, (Sous la direction de J. Vernet et Marie-Ange Sébasti), 2004

Chemins, détours, fougères, Un tour du monde en Ardèche (Avec des photographies de Bernard Plossu, Daniel Zolinsky et des peintures de Jean-Gilles Badaire), 2007

Marcher est ma plus belle façon de vivre, Notes éparses,(peintures de Jean-Gilles Badaire), 2008

La Part commune

Une barque passe près de ton seuil, poèmes, 2008

Le regard du cœur ouvert, Des carnets (1978-2002), 2009

Pourquoi dors-tu, Jonas, parmi les jours violents ? poème pour le théâtre, 2011

Autres Editeurs

J’ai épuisé la ville, ( dessin de Jacques Truphémus), Editions Brandes, 1985

Pays du Sahel (Collectif : sous la dir. De J. Vernet), Ed.Autrement, 1994

Le silence habité des voyages (avec une photographie de Pierre Verger), Ed. Novetlé, 1996

Quand la mer roule vers le soleil (Photographies de Julie Ganzin), Ed de l’eau, 1998

Lettre pour un très lent détour, voyages au Mali (Photographies de Bernard Plossu), Ed. Filigranes, 1999

Au bord du monde, Coll. Terre d’encre, Ed. du Laquet, 2001, repris par Tertrium Editions

La petite fille de la palmeraie, in Un week-end chez l’autre, La Passe du vent, 2003

Gao sans retour, Librairie française de Venise, 2004

François Augiéras, l’aventurier radical, Jean-Michel Place, 2004

A qui appartient le soleil ? Les Petits classiques du Grand pirate, 2005

L’homme de la scierie sous la pluie, Ed Circa 1924, 2007, réédition 2008

Voir est vivre, (avec un frontispice de Jean-Gilles Badaire), Ed Les sept collines, chez Jean-Pierre Huguet, 2009

L’envoûtement des sapinières, in Le Pays-d’en-Haut, (Avec des photographies de Jean-luc Meyssonnier sur la Haute Ardèche), Ed. du Chassel, 2011

L’instant est un éclat si bref, Ed. Circa 1924, 2012


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Gilles Klein
Caroline Gaume
Etienne Rodin

Etienne Rodin est consultant. Il intervient auprès d’organisations publiques et privées sur des questions liées aux conditions de travail. Il est l’auteur de L’Horreur managériale (2011) chez les éditions L’Echappée.

Luc Renaud

Luc Renaud est originaire de Hull au Québec. Diplômé en géographie de l’Université de Sherbrooke, il a depuis effectué plusieurs séjours à l’étranger alliant expériences culturelles et travail social de terrain avec des communautés locales en Afrique et en Amérique latine. Vidéaste depuis cinq ans, il traite, à travers le documentaire et la vidéo d’art, des questions touchant les notions de territoire et de colonialisme. Son dernier documentaire, co-réalisé avec Martin Bureau, a été diffusé dans différents pays et a reçu plusieurs mentions, dont une nomination comme “Meilleur documentaire de l’année” au Québec. Il travaille présentement sur un nouveau film et enseigne également la géographie au niveau pré-universitaire.

Ses articles dans le site :
Martin Bureau

Par les véhicules de la peinture, mais aussi de la vidéo installation et du documentaire, Martin Bureau s’affaire depuis une quinzaine d’années à construire un univers critique où la nature est confrontée aux technologies et à l’empreinte de l’homme. Dans une démarche où les notions de géopolitiques sont prépondérantes, il s’intéresse particulièrement à la colonisation et aux chocs des systèmes.

Vous pouvez visiter son site : Martin Bureau
Ses articles dans le site :
H.D. Alianel

H.D. Alianel est le porte-voix d’un courant d’anticipation sociale encore inconnu. Celui-ci rassemble technophobes pratiquants et technophiles dissidents autour d’une critique de la société post-industrielle.

Philippe Godard

Cinquante-trois ans ; deux enfants. J’ai beaucoup voyagé, notamment en Amérique latine et en Inde. J’ai étudié des langues dites « orientales » (haoussa, amharique, bengali, hindi, chinois, quechua).

Créateur et directeur de plusieurs collections de documentaires pour la jeunesse : chez Autrement, « Junior Histoire », dont les premiers titres sont parus en 2001, et que j’ai dirigé durant vingt-six volumes, jusqu’en 2008. Puis « Les Insoumis », chez un petit éditeur strasbourgeois (3 titres), « Enfants d’ailleurs » chez La Martinière (26 titres parus depuis 2005, dont une partie traduits et publiés aux États-Unis, au Royaume-Uni et en Allemagne). J’ai repris la collection « J’accuse ! » chez Syros Jeunesse, où j’ai aussi créé, sur ce modèle, la collection « Femmes ! », puis « Documents Syros » (9 titres parus), et « Au crible ! » (2 titres).

J’ai publié plusieurs essais politiques, dont un sur le cinquième centenaire du voyage de Colomb en Amérique, ainsi que Contre le travail des enfants (Desmaret, Strasbourg, 2001), Au travail les enfants ! (Homnisphères, Paris, 2007), OGM semences politiques (Homnisphères, 2008) et Toujours contre le travail (Aden, 2010). J’ai publié de nombreux articles politiques, notamment dans Le Nouvel Economiste, Les lettres françaises, Urbanisme, Le Sarkophage, ou encore les revues italiennes Libertaria et Rivista A.

J’ai fait plusieurs conférences, sur des thèmes qui me semblent importants, par exemple sur l’écologie devant un organisme consultatif des Nations unies en Italie en 2003, sur la tolérance à Besançon en 2007, ou sur la culture numérique en 2010 à Aubagne, sur Malcolm X et Martin Luther King à Boulogne-Billancourt en 2011. J’ai publié plusieurs articles de fond sur l’édition jeunesse, par exemple sur le site de Ricochet : http://www.ricochet-jeunes.org/arti...

Je cultive depuis dix-huit ans un potager de plusieurs centaines de mètres carrés, en bio (ni engrais de synthèse, ni pesticide, ni même antilimaces !). J’ai fourni durant trois ans l’épicerie Fauchon en citrouilles, et j’ai travaillé à la fourniture en légumes d’un restaurant deux étoiles durant cinq ans. Cette culture d’un potager biologique est un élément essentiel de mon activité. Chaque année, j’effectue des « essais » (par exemple, en 2011, les haricots noirs), et je tâche désormais de produire toutes mes semences pour ne plus dépendre des grainetiers commerciaux.

Delphine Maza

Née en 1976, Delphine Maza explore diverses formes d’écriture, littéraires, réflexives et audiovisuelles. Ainsi, elle collabore avec des revues telles que Spectre et la Revue des Ressources. Parallèlement, elle développe l’écriture audiovisuelle, documentaire (réalisation des "Chroniques de la Maison vide" ; "Alain Kremski, à la source du son" ; "La main tendue") ou fictionnelle (plusieurs scénarios en cours).

Philippe Bourdeau

Philippe Bourdeau est professeur à l’Institut de Géographie Alpine de Grenoble. Il étudie le rapport à l’Ailleurs des sociétés urbaines à partir de sujets comme les métiers et sports de montagne, les mutations du tourisme ou les dissidences récréatives. Il s’intéresse aussi au blues et au rock comme mythes géographiques. Il est (co)-auteur de "La Montagne, terrain de jeu et d’enjeux" aux éditions du Fournel, de "Sports d’hiver en mutation" aux éditions Hermès-Lavoisier, de "Géographie des sports en France" aux éditions Vuibert, et de" Tourisme : émancipation ou contrôle social ?" aux éditions du Croquant.

Joël Vernet

Joël Vernet est né en 1954 dans un petit village aux confins de la Haute-Loire et de la Lozère où il vécut durant une vingtaine d’années entre une ferme et une maison de village. Dès les années 1975, entreprend plusieurs voyages à travers le monde , plutôt des sortes de vagabondages qui le conduiront en Afrique, Asie, Europe. En particulier dans le désert saharien et dans le nord du Mali d’où il ne reviendra jamais tout à fait. Durant ces mêmes années, rencontre l’écrivain malien Amadou Hampâté Bâ à Abidjan, celui-ci l’invite à se convertir à l’islam. Sans succès. Vit alors à Treichville, quartier populaire d’Abidjan et partage la vie de quelques amis africains. Premières tentatives d’écriture. Dans les années 80, voyage en Egypte et au Soudan. Interrompt ses études universitaires pour se consacrer à l’écriture. Découvre l’œuvre de François Augiéras et commence à produire de nombreuses émissions pour France-culture, rendant hommage à des travaux de recherches, à des créateurs, à des inconnus tous attachés, à leur manière, à un certain art de vivre et de créer. Lit avec ferveur Augiéras, Bonnefoy, Bouvier, Char, Dietrich, Handke, Jaccottet, Juliet, Kamo no chômei, Perros, Rimbaud. . .

De 1983 à 1997 a réalisé plusieurs émissions radiophoniques pour France Culture (Les Nuits Magnétiques, Les chemins de la connaissance). Il a consacré notamment des émissions à l’écrivain malien Amadou Hampâté Bâ en direct de Bandiagara (Mali), au Burkina Faso.

Il crée en 1986 avec Philippe Arbazaïr, conservateur à la BNF, la revue Noir sur Blanc dans laquelle furent publiés de nombreux artistes contemporains du monde entier, poètes, peintres et photographes.

Dès les années 1988, commence à publier ses premiers livres grâce à Michel Camus et Claire Tiévant chez Lettres Vives, Bruno Roy, directeur des Editions Fata morgana. Rencontre le peintre Jean-Gilles Badaire, le photographe Bernard Plossu, Pierre Verger et d’autres artistes avec lesquels il entamera des aventures fécondes.

A l’automne 1997, séjourne trois mois à Montréal, à l’invitation de l’Agence Rhône-Alpes du livre et de l’Union des écrivains québécois.

A l’automne 1999, s’installe à Alep (Syrie) où il vivra deux ans. Découvre l’Est de la Turquie et le désert syrien. Quitte la Syrie et vit en retrait dans un petit village au sud de Lyon, au-dessus de la vallée du Rhône où il poursuit l’aventure d’une œuvre rare et profonde.

En 2001, obtient la bourse d’année sabbatique du Centre National du livre pour l’ensemble de son oeuvre.

Retourne au Québec en 2003 à l’invitation de la Maison de la Poésie de cette ville. Est invité en avril 2004 par le service culturel de l’Ambassade de France au Bahreïn pour une série de lectures, conférences.

En 2005, publie avec des photographies de Michel Castermans, "La Montagne dans le dos, Impressions du pays dogon", Ed Le Temps qu’il fait, livre qui traduit des années de voyages dans cette partie du monde.

En octobre 2007, réalise un livre à huit mains avec le peintre Jean-Gilles Badaire, les photographes Bernard Plossu et Daniel Zolinsky. Une exposition a lieu au même moment à La Fabrique du pont d’Aleyrac (Ardèche) et le livre "Chemins, détours et fougères, un tour du monde en Ardèche", témoigne d’une véritable aventure de création et fut publié à La Part des Anges grâce au soutien du Conseil Général de l’Ardèche et de La Fabrique du pont d’Aleyrac, lieu de rencontres artistiques au cœur de l’Ardèche animé par Annie et Bernard Mirabel.

Il a dirigé un numéro des Editions Autrement consacré aux Pays du Sahel. Entretiens avec Théodore Monod, René Dumont et d’autres africanistes de renom.

En octobre 2004, il édite avec Marie-Ange Sébasti, chercheuse à La Maison de l’Orient de Lyon, un livre collectif sur le site d’Ougarit en Syrie : "Ougarit, la Terre, le ciel", éditions La Part des Anges, à l’occasion de l’exposition consacrée à Ougarit au Musée des Beaux-Arts de Lyon.

Ces dernières années, nombreux voyages en Asie centrale, Laponie finlandaise, Russie, Ukraine, Maroc.

Elisée Personne

Elisée Personne est un pseudonyme.

Roland Jaccard

Roland Jaccard est né en 1941 à Lausanne. Il a collaboré pendant trente-cinq ans au supplément littéraire du " Monde " et créé la collection "Perspectives Critiques" aux Presses Universitaires de France. Il collabore au magazine "Causeur" et publiera son dernier livre chez Grasset début 2013 sous le titre : "Ma Vie et autres trahisons".

Vous pouvez visiter son site : site de Roland Jaccard
Ses articles dans le site :
Anonyme

Anonyme est une énigme. Ni star, ni personnalité, ni individu, ni expert, ni pseudonyme... Zéro égocentrisme. Zéro culte de la personnalité. Une poussée underground.

Marin Ledun

Marin Ledun est né en 1975 à Aubenas, en Ardèche. Traduit dans plusieurs pays, ses romans ont reçu de nombreux prix littéraires comme le trophée 813 du roman noir français et le Grand Prix du roman noir du Festival de Beaune pour Les Visages écrasés ainsi que le Prix mystère de la critique pour La Guerre des Vanités, et le Prix Plume libre pour Modus Operandi.

Vous pouvez visiter son site : http://www.pourpres.net/marin/
Ses articles dans le site :
Henri Mora

Henri Mora est né en région grenobloise. Il s’intéresse depuis déjà quelques temps à la critique sociale et notamment à la critique de la société industrielle, du travail et de la marchandise (et de leurs conséquences). Il a réuni un ensemble de textes et de documents dans un recueil qui a pour titre "Chambard dans les Chambarans - S’opposer à Center Parcs et à la marchandisation du monde", édité par Le Monde à l’envers. Il a par ailleurs participé à la traduction d’un ouvrage de Miguel Amoros dont le titre en français est : "Les Situationnistes et l’anarchie", ouvrage publié aux éditions de La Roue. On peut retrouver certains des textes qu’il a écrits ou auxquels il a contribué sur le site Internet de PMO (Pièces et Main d’œuvre) ou sur le blog "Opposition à Center Parcs".

QoCP

Quelques opposants à Center Parcs (QoCP) rassemble un collectif d’opposants au projet de Center Parcs dans la forêt des Chambarans, en Isère.

Correspondances : QOCP, lotissement n°1, La Roseraie, 26350 Le Grand Serre - Mail : qocp orange.fr

En librairies et en bibliothèques : Chambard dans les Chambarans

Vous pouvez visiter son site : http://chambarans.unblog.fr/
Dikann

Ingénieur en biotechnologie. A travaillé dans le monde agricole pendant plusieurs années, puis dans le milieu de la finance, sur les marchés de matières premières.

A vécu plusieurs années en Suisse (Zürich), au Japon (Tokyo) et en Indonésie (Jakarta). A commencé à pratiquer la peinture et le graffiti en 1991 au sein d’un collectif d’artistes à la Rote Fabrik à Zürich (Suisse), un lieu artistique alternatif.

A étudié le mouvement Gutaï et la notion de créativité à partir du « zéro absolu » à l’Université des Arts de Tokyo, de 1993 à 1997.

A créé et animé à Paris une maison d’édition en sciences humaines et sociales de 2002 à 2010.

Depuis 2009, installé à Lorient comme artiste plasticien et art-thérapeute certifié par l’Etat (Master II, Mémoire sur la question de la création collective en atelier d’art thérapie à médiation plastique au sein d’un groupe de patients psychotiques, névrotiques et souffrant de troubles envahissants).

En tant qu’artiste plasticien, travaille sur la question des représentations de l’inconscient et des archétypes ainsi que sur les représentations symboliques de l’homme dans tous ses états. En tant qu’art-thérapeute, anime des ateliers à médiation plastique et des ateliers d’écriture en hôpitaux psychiatriques.

Nombreuses expositions en France et à l’étranger (Japon, Indonésie, Malaisie, Inde).

Auteur de documentaires Jeunesse chez La Martinière, Syros et Gulf Stream Editions.

Vous pouvez visiter son site : Dikann
Ses articles dans le site :
HUKO

Groupe Huxley-Ubu-Kafka-Orwell

Joignable à cette adresse : groupe.huko autistici.org

Mirko Locatelli

Mirko Locatelli (1980) collabore à la rédaction de Moins !, journal romand d’écologie politique créé avec quelques amis objecteurs de croissance dans un élan d’inconscience, en 2012. Travailleur social de formation, il s’évertue à trouver n’importe quel prétexte pour préserver sa force de travail des griffes du marché qui, de son côté, semble se passer fort bien de ses services. Son alibi le moins bidon a trois ans, vient de franchir le cap du mètre de hauteur et attirera bientôt sur lui les foudres de l’éducation nationale, obligeant son père à alléguer d’autres excuses.

Vous pouvez visiter son site : Moins !
Christophe Huret

Christophe Huret est photographe indépendant et art-thérapeute. Il est notamment l’auteur de La vie au travail, publié chez les éditions du Croquant.

Hélène Lee

Hélène Lee est une journaliste française originaire du Sud-Est de la France. Après des études de lettres et de langues (Russe, Anglais, Japonais) elle quitte la France et séjourne plusieurs années au Japon, où elle participe au travail de la troupe de théâtre d’avant-garde Tenjosajiki. Elle se rend en Jamaïque en 79 et entame une carrière de journaliste. Pendant 23 ans ses articles pour Libération, Rock et Folk et autres media dessinent un portrait inédit de cette île musicale, et de toutes les musiques du Tiers-monde alors en train d’émerger. Elle fera découvrir au public français les groupes historiques du reggae en les invitant en tournée, comme la Mystic Revelation of Rastafari (Théâtre de la Ville) ; par ailleurs elle orchestre les débuts français de chanteurs africains comme Alpha Blondy. En 2001 elle s’implique dans la lutte des musiciens jamaïcains pour leurs droits, suscitant un long procès qui s’achèvera par la victoire de l’avocat des Jamaïcains, Me André Bertrand. Parallèlement elle publie des essais : « Rockers d’Afrique » (Albin Michel, 1987), « Le Premier Rasta » (Flammarion, 1999), « Voir Trench Town et mourir » (Flammarion 2003), et des traductions (notamment des textes de Marcus Garvey). Sa filmographie inclut « Jimmy Cliff, Moving On » (Arte, 52’, avec François Bergeron), « Bons baisers de Barbès » (FR3, 52’), « Une voix sur le Maroni » (FR3) et plusieurs 26’. En 2011 elle dirige l’adaptation cinématographique du « Premier Rasta », son ouvrage de référence sur Leonard Howell, le fondateur du mouvement rasta. Le documentaire a reçu de nombreux prix. Hélène Lee a 69 ans, elle vit dans les Cévennes.

Ses articles dans le site :