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L’apocalypse du Capital
Par Hélène Lee publié le 11 novembre 2016.

Le 23 Septembre 1980 à Pittsburgh, alors qu’il venait tout juste d’apprendre qu’il avait un cancer généralisé, Bob Marley est monté sur scène. La dernière chanson qu’il a interprétée, au rappel, c’est le titre Work (« travail ») :

Nous gens de Jah

ça va marcher

si on s’y met tous

en travaillant on peut y arriver ... Chaque jour c’est travail, travail

Je travaille au soleil de midi

Travail

Je travaille jusqu’à la nuit,

travail,

Si tu n’as rien à faire travaille,

Travaille !

C’est l’ultime message que laisse le pape rasta : il a passé sa vie à travailler, c’est le secret de son succès. On est loin du cliché de Rasta vautré qu’on nous sert dans les films de série B. Mais chanter, est-ce encore un « travail » ?

Evidemment.

En Jamaïque, lorsqu’on voit un gamin de 17 ans entrer dans une cabine d’enregistrement et balancer d’un seul souffle trois minutes de texte, sans possibilité de s’interrompre ou de corriger car on grave en direct sur l’acétate, on se demande à quel type de mutant on a affaire. Mais depuis le matin, il est là, sur le trottoir, à plier et déplier la feuille crasseuse où il a noté ses lyrics, et il TRAVAILLE ! Jamais table de multiplication ne fut ressassée avec une telle ferveur ! Il sait qu’à l’issue de ces trois minutes, s’il fait un sans-faute, il va recevoir sa paye, il va pouvoir manger !

Il y a là un rapport immédiat entre le travail et sa récompense. Le producteur paie une misère, mais tout de suite. Et l’acétate jouera ce soir même dans un Sound System : le chanteur s’estime satisfait. Puis il découvrira que le producteur exploite son titre à l’étranger, et que sans contrat, il n’a aucun moyen de toucher ses droits... Commence alors une autre forme de travail : apprendre à lire les contrats. L’écrivain et réalisateur Perry Henzell (The Harder They Come) dit que Bob Marley refusait de signer un contrat avant de l’avoir tout compris. Imaginez la tête des avocats. Mais Bob n’avait pas peur de travailler, « Bust dem shirt » comme dit une de ses chansons (« faire craquer sa chemise », remonter ses manches). Le contrat ne le satisfaisait pas ? Il retournait au village planter son maïs. Le reggae, inconnu des jeunes Blancs, n’arrivait pas à pénétrer le marché ? Marley, au début des années 1970, s’attelle à une tournée de 72 interventions pédagogiques dans les collèges anglais. Sans parler des répétitions qu’il prolonge jusqu’à point d’heure, mettant les musiciens à bout. Travail, travail...

C’est cette capacité d’effort surhumain qui a mis la Jamaïque sur la carte : celle de ses chanteurs, de ses sportifs, de ses intellectuels. Qu’une petite île d’à peine plus de deux millions d’habitants ait produit tant de grands hommes, de Bookman (déclencheur de la révolution haïtienne) à Bob Marley, de Marcus Garvey (plus grand leader noir de tous les temps) à Usain Bolt, « l’homme le plus rapide du monde », cela dit bien l’acharnement au travail des natifs de l’île. Pourtant ce n’était pas gagné d’avance : la population jamaïcaine a une très mauvaise image du travail.

Il y a à cela des raisons historiques évidentes. 92 % des Jamaïcains sont des descendants d’esclaves, et dans la vieille imagerie, le travail, c’est le maître avec son fouet. Le tripalium dirions-nous, la torture. Mais le fouet n’a jamais réussi à dompter l’esprit de cette île, et c’est ce qui fait sa force aujourd’hui.

Une raison expliquerait, selon les historiens, le caractère rebelle des Jamaïcains : les Africains que l’on vendait à la Jamaïque, première escale américaine des bateaux d’esclaves, étaient les plus forts et les plus turbulents. Il fallait s’en débarrasser avant d’atteindre les marchés de Virginie ou de Louisiane où l’on était plus exigeant. La Jamaïque, elle, n’avait qu’une très petite population blanche, et peu de besoins en gens de maison, en nègres soumis. Les esclaves étant destinés exclusivement aux plantations, la force physique était le principal critère ; les colons anglais n’avaient pas à craindre pour leur famille ou leur personne, car ils ne venaient que très rarement sur leurs domaines, préférant en confier la gestion à des contremaîtres sans états d’âme. Ces contremaîtres blancs avec leur fouet n’avaient pas cette fascination douteuse qui fit, parfois, assimiler le Blanc à un demi-dieu ; ce n’étaient que des aventuriers, des hommes brutaux que les esclaves craignaient mais ne respectaient pas. Tout concourait à démontrer l’injustice de leur pouvoir, la bestialité de leurs manières. Aussi en 1838, lorsque l’abolition de l’esclavage, décrétée en 1834, prit effet en Jamaïque, personne ne voulut plus travailler sur les plantations. On eut beau essayer de retenir les travailleurs pour une période de quatre ans d’ « apprentissage » chichement rémunéré, rien à faire. Dès qu’il est libéré, l’esclave part sur les routes à la recherche d’une nouvelle vie. Son problème, c’est que toutes les terres appartiennent aux colons, ou à la Couronne. On ne lui a pas donné, comme on l’avait promis à ses frères américains, « 30 acres et une mule ». Où peut-il aller ? Son rêve est de retourner en Afrique, et quitter l’île, c’est déjà un pas dans la bonne direction.

Pour cela il lui faut pactiser avec le diable, s’enrôler dans l’armée coloniale, le British West Indian Regiment. Il restera prisonnier d’un système qui ne rend pas justice au mérite, et maintient le Noir au bas de l’échelle. Les 11 000 engagés volontaires jamaïcains de la guerre de 14-18 se sont vus réduits à creuser des latrines et à charrier des munitions, sous le feu de l’ennemi mais sans la gloire qui s’attache au combat actif. Celui qui a la chance de revenir de la guerre ira grossir la petite frange, fâchée mais soumise, qui est en train d’ébaucher un embryon de bourgeoisie noire.

S’il trouve de l’embauche sur un bateau, il peut émigrer, partir bâtir le chemin de fer du Costa Rica ou le canal de Panama, comme le feront plus de 30 000 jamaïcains au tournant du XXe siècle. Ceux qui reviendront témoigneront de l’existence d’une Babylone moderne, un système d’esclavage différent, mais aussi révoltant que l’ancien.

La grande majorité des ex-esclaves, cependant, n’a pas les moyens de partir, et pour survivre elle n’a que deux choix : retourner sur les plantations, où l’esclavage a seulement changé de nom, ou cultiver de quoi manger. Il existe bien un territoire, dans l’intérieur de la Jamaïque, qui a déjà un statut indépendant : celui des Marrons, esclaves fugitifs qui l’ont gagné de haute lutte au cours de décennies de guérilla. Mais ces Marrons n’ont pas la cote auprès des esclaves : comme l’exigeait le contrat passé avec les Anglais, ils sont devenus chasseurs d’esclaves fugitifs pour le compte des colons.

Ce sont les Baptistes, déjà très liés aux luttes d’émancipation, qui vont les premiers s’attaquer à ce problème de la terre. Bien que chrétiens, ils voient en la Bible l’histoire d’un peuple emmené en esclavage – ce pourrait être le leur - et souscrivent aux aspirations identitaires des Africains. Ils collectent les économies de la communauté pour acheter des domaines abandonnés, qu’ils partagent ensuite entre leurs ouailles : ce sont les free towns, les villages libres. Chacun y exploite son lopin, et récolte en conséquence. Pour la première fois, travailler a un sens.

La reconstruction de l’identité passera, dans tout ce début du XXe siècle, par une reconstruction du sens du travail. Il faut travailler, non pas seulement pour être un citoyen utile et accepté comme le voulait Booker T Washington, mais pour s’emparer du pouvoir de production, du pouvoir économique, et finalement du pouvoir politique. Tel était du moins le projet de Marcus Garvey.

Pendant ses années aux Etats Unis, le grand leader jamaïcain mit en place de nombreuses entreprises (buanderie, magasins, chaîne de restaurants, et pour finir la fameuse Black Star Line, une compagnie de navigation), prouvant ainsi aux Noirs qu’ils pouvaient prendre les commandes et travailler à leur propre profit. Mais Garvey ne mettait pas en cause les fondements du système économique. Il lui suffisait que les Noirs accèdent au pouvoir. Il lui suffisait Obama.

En 1927, Garvey, déporté des États Unis, est de retour en Jamaïque. Il n’est pas le seul. Une petite mouvance de voyageurs, d’émigrés rentrés au pays, souvent d’ex-garveyites, est en train d’émerger. Ils ont travaillé sur les bateaux, les chantiers et les champs de bataille, ils ont une vision à l’échelle du monde et analysent le fonctionnement de l’économie. Influencés à la fois par les prédicateurs d’un Millenium noir et par la pensée marxiste, ils sont bien décidés à ne pas retomber dans l’esclavage de ce qu’ils appellent « Babylone » : le système capitaliste mondial. Le sens de la Bible, livre d’esclaves, avec sa revanche finale, l’Apocalypse, a pris pour eux une signification très réelle : ils attendent l’effondrement de tout le système, l’Apocalypse du capital.

C’est de cette petite mouvance qu’émergera le mouvement Rasta. En 1939 Leonard Howell, un marin jamaïcain qui a fait plusieurs fois le tour du monde, crée la première commune rasta au Pinnacle, un vaste domaine sur les hauteurs de Spanish Town, l’ancienne capitale. Howell est un ancien garveyite de New York déporté des Etats Unis pendant la Grande Dépression. Sa commune accueille beaucoup de femmes et d’enfants affamés qui n’ont nulle part où aller, mais aussi des gens qui lisent, qui voyagent, des insoumis. Le projet est de travailler le domaine et d’y vivre à l’écart du système colonial. En quelques années, le village regroupera près de 3000 personnes, « pauvres mais heureux » assurent les survivants. Les mots d’ordre du leader : « Travail ! » « Autosuffisance ! » « Mode de vie naturel ! » On produit toutes sortes de fruits et de légumes, du charbon de bois, de la ganja, on fait des chaussures, des vêtements, bientôt on ouvre une boulangerie, on distribue du pain en camion... Howell pense même à battre monnaie : il prétend rompre tous les liens qui l’enchaînent encore à Babylone. Pendant 18 ans, en pleine situation coloniale, les milliers d’adeptes jouiront de cette autonomie de fait, dont le fils de Howell dira : « Le Pinnacle est la preuve que, sans ingérence extérieure, les gens peuvent très bien se gouverner eux-mêmes. »

Mais il faut travailler. Au Pinnacle, Howell emploie tout le monde à construire, planter, brûler du charbon de bois. On sait pourquoi on le fait : pour soi-même. Chacun est son propre maître. Parfois quand on a fait de bonnes affaires on apporte une enveloppe au leader, mais Howell n’a pas d’amour pour l’argent du système. Il lave les billets et les met à sécher, et parfois il laisse le vent les emporter. « Dieu fait sa distribution », dit-il.

D’autres lui offrent simplement leur travail. Pour un de ses anniversaires, quelques adeptes ont cultivé en cachette la parcelle 6, sur la colline en face, et ils lui apportent la moisson : plusieurs sacs de ganja. Ils n’ont rien à lui donner que leur travail ; en échange Howell leur garantit un lieu à l’abri du système, la protection, la dignité, et la foi en eux-mêmes. Ils bossent dur, mais ils se sentent comme des rois.

Pendant 18 ans le Pinnacle, état dans l’état colonial, travaillera à former une jeune génération pacifique mais sans peur, imperméable à toute manipulation. L’administration coloniale ne peut plus tolérer cette communauté qui la tient en échec et donne un mauvais exemple. Le Pinnacle est définitivement rasé en 1958 ; Howell a fait de longs séjours en prison et il est mort en 1981. Mais la leçon d’autosuffisance par le travail est restée.

Les Rastas ne sont pas la seule communauté qui ait fait du travail un outil de rédemption - c’est même la tarte à la crème des exploiteurs de tout poil, les « travaillez plus pour gagner plus ». Mais l’originalité de la démarche rasta tient à ce qu’ils font une nette distinction entre le travail pour un patron et le travail pour eux-mêmes. Le travail qui a un sens et celui qui n’en a pas. C’est d’ailleurs ainsi que l’avocat rasta Miguel Lorne résume la position des Rastas : « Éviter à tout prix de travailler pour ou avec Babylone ». Ne pas contribuer à l’Infâme. Tout autre travail est vertu.

Si les rapports de production sont des réalités matérielles, quantifiables, le sens ne l’est pas. Il relève de la psychologie, de l’identité, du but poursuivi personnellement. Le sentiment que notre vie à un sens, que notre travail sert à quelque chose, semble être une denrée aussi indispensable à l’être humain que le pain. Pour les annihiler moralement, les Nazis faisaient faire un travail inutile aux prisonniers des camps de concentration. Aujourd’hui beaucoup de jeunes ont l’impression que leur vie n’a pas de sens, et certains n’hésitent pas à aller la risquer en Syrie pour lui en donner un.

Peut-on sérieusement travailler, étudier, si ce que l’on fait nous paraît inutile ou absurde ? C’est pourtant ce que beaucoup de jeunes des pays industrialisés ressentent : ils font des études qui ne les intéressent pas pour construire une société dont ils ne veulent pas.

Ils forgent leurs propres chaînes.

Mais si les jeunes n’ont pas fait d’études ils n’ont pas appris non plus à se soumettre à l’exploitation. Pendant des siècles, les esclaves ont nourri la Jamaïque, tout en amassant de fabuleuses fortunes pour leurs maîtres anglais : le servage aboli, la modeste ambition de manger ne devait pas poser de problème. Ils n’ont pas peur de la pauvreté et du dénuement, qu’ils ont toujours connus ; et parce qu’ils n’ont pas peur ils n’acceptent pas d’être exploités. La liberté a trop de prix. Aux emplois de Babylone ils préfèrent leurs propres entreprises, si modestes soient-elles : cultiver des ignames dans les ravins inaccessibles, fondre des marmites avec les déchets d’aluminium, tricoter des écharpes, fabriquer des bijoux, concocter des médicaments traditionnels, composer des chansons. Babylone est en train de s’effondrer, n’allons pas lui prêter main-forte. Même la Banque Mondiale n’a pu les y contraindre – elle a bien essayé dans les années 80 en créant des « free zones » où les multinationales exploitaient le Jamaïcain au rabais, mais l’expérience a été désastreuse. Rester en dehors du système demande un énorme sacrifice, mais les Rastas ont survécu, le ventre creux. Une vieille survivante du Pinnacle me disait : « Tu sais de quoi on s’est nourris tout ce temps ? De chants de rédemption ! »

Les femmes, cependant, réagissent différemment – peut-être n’ont-elles jamais eu le temps de se déshabituer du travail ! Elles sont les piliers de la famille et de la société jamaïcaine, elles ont été les fondatrices du Pinnacle, elles occupent 67 % des bancs de l’Université et grignotent peu à peu de la visibilité, notamment au gouvernement. Le Premier Ministre, Portia Simpson-Miller, est une femme. Ce sont elles qui, généralement, ont la responsabilité des enfants (un autre héritage de l’esclavage) et elles ne peuvent pas les nourrir QUE de chants de rédemption. Cela fait d’elles des proies faciles pour un employeur sans scrupule. Aujourd’hui encore, des milliers de mères de famille sont obligées d’accepter un emploi où elles lavent, cuisinent et s’occupent des enfants du patron nuit et jour pour un salaire de 200 euros par mois. Leurs propres enfants sont laissés à une parente, ou à l’un de ces pensionnats religieux où ils apprendront un métier. Ce sont d’ailleurs des institutions comme l’Ecole Alpha – à la fois orphelinat, pensionnat, maison de redressement, conservatoire de musique et collège technique – qui ont le mieux incarné le Rédemption par le Travail telle que la concevaient les Chrétiens : un travail idéalisé, au service du système. Les mères leur confient leurs enfants pour qu’on les dresse dans les principes de Babylone, qu’on leur apprenne à travailler, à supporter l’oppression. Mais pour un ado, le temps des Bons Nègres est passé ; la perspective de travailler pour un salaire misérable dans les structures de Babylone manque d’attrait. Comme me disait l’un d’eux, « Je gagne plus que mon instit’ en vendant de l’herbe aux touristes. Qu’est-ce que j’irais faire à l’école ? »

Le problème, ce sont ces enfants sans avenir, sans outil de réflexion, ballotés par les rêves « de sang et de soie » des stations américaines. Ils n’ont retenu de Garvey que le culte du pouvoir et de l’argent, celui de leurs poings, de leurs AK47, de leurs gangs. Le travail c’est les trafics, de vieilles techniques de marronnage où la survie est à force de patience, de courage, de rapidité, d’imagination, de sens du secret et de la loyauté... et de muscles. Ils n’ont retenu de la Bible de leur mère que l’exhortation fameuse, celle qui s’affiche au mur de toutes les baraques des campagnes : « The Lord is my light and my salvation, who shall I fear ? » (Dieu est ma lumière et mon salut, de qui aurais-je peur ?) N’avoir peur de rien, c’était aussi la devise de Garvey. Les films américains ont ajouté le culte de la cruauté, de l’insensibilité. Pour contrôler le quartier on fignole dans l’horreur, on met une balle dans la tête d’un bébé dans les bras de sa grand-mère, on brûle une maison de retraite avec ses occupants. Le Shower Posse, le plus célèbre des gangs jamaïcains de la cocaïne, serait responsable de plus de 200 assassinats rien qu’aux États-Unis ; quant à la Jamaïque, le chiffre des morts violentes avoisine régulièrement les 1500 par an.

Comment sont nés les gangs, cette malédiction qui déchire la Jamaïque ?

Leur histoire, là encore, est directement liée à la distribution du travail.

Depuis les troubles de 1938 et l’instauration en 1944 du suffrage universel, deux partis s’affrontent pour le pouvoir, le PNP (People National Party, socialiste) et le JLP (Jamaican Labour Party, libéral pro-américain). En cas de victoire, chaque camp promet à ses électeurs des emplois dans les brigades de nettoiement ou sur les chantiers municipaux. Le financement de tous les grands travaux, comme par exemple le percement du Sandy Gully, le canal titanesque qui draine tout Kingston Ouest, ou la construction du lotissement de Trench Town, sert à récompenser les électeurs du parti vainqueur : c’est le Pork Barrel, le système de corruption électorale. Les élections sont sanglantes, car lorsque le pouvoir change de main, les emplois aussi. Les jeunes, tributaires du politicien qui distribue les emplois, sont des guerriers à sa botte. Au début des années 70 on s’affronte avec des manches de pioche et des frondes. Lorsque la CIA, qui veut déstabiliser le pays du non-aligné Michael Manley, introduit les armes dans le ghetto, la lutte entre dans une phase sanglante. « On ne te donne pas un travail, on ne te donne pas à manger, on te donne une arme », explique un ex-homme de main. Les quartiers se replient sur eux-mêmes, deviennent des zones de non-droit où le leader est prêt à tout pour maintenir son pouvoir. Ou peut-il trouver les armes et l’argent nécessaires ? Au trafic de ganja succède celui de la cocaïne, en liaison avec les cartels sud-américains. Bientôt la Jamaïque devient une plaque tournante pour l’Europe et les États-Unis. Des gangs locaux, dont le Shower Posse, inféodé à l’ex-premier ministre Edward Seaga, prend racine aux Etats Unis et s’empare des territoires des gangs américains ; l’atrocité de leurs méthodes terrorise les concurrents. Pourtant l’enjeu est le même que toujours : nourrir la communauté au pays, qui en retour idolâtre les grands « dons » de la cocaïne, les seuls à pouvoir payer les factures d’hôpital et la scolarité des enfants. Dans ces conditions, la population est achetée. Le sens du travail est perdu. Que peut-on faire ?

La violence chasse les touristes et les investisseurs, et le FMI et la banque mondiale ont imposé à la Jamaïque d’ouvrir son marché aux surplus frelatés de l’économie américaine, tuant les entreprises locales et mettant encore plus de travailleurs à la rue.

A la télévision, des notables s’interrogent gravement, comment neutraliser les gangs, remettre tout ce monde au travail ? On a envie de leur crier : « Payez vos bonnes ! » Ce n’est pas en lâchant l’armée sur les ghettos que vous règlerez le problème. La Jamaïque a une population talentueuse, capable d’effort et d’exploits, mais exaspérée par l’injustice des rapports de travail. Devant ce rebelle qui exige ses droits, toutes les portes de l’emploi se ferment. Aujourd’hui les multinationales lui préfèrent les Asiatiques, plus dociles, et des Indonésiens ou des Bangladais remplacent le personnel Jamaïcain des free zones. Le Jamaïcain est-il devenu inemployable ?

Les Rastas voudraient changer cet état de fait, mais ils ne croient pas à la prise du pouvoir par les armes, ni par la politique. Ils ont toujours refusé de jouer le jeu bi-partite, qui déchire le pays au lieu de l’unifier. Ils savent que le système va immanquablement imploser, mais, comme le remarque le chanteur Max Romeo, cela peut prendre 200 générations. En attendant, il faut bien survivre, contourner, se faufiler dans les mailles de Babylone. C’est une vision marginale – toute l’humanité ne peut pas vivre dans les marges – mais il y a en elle quelque chose qui nous intéresse tous : la manière dont les habitants des ghettos jamaïcains ont réussi, sans support matériel, à préserver leur intégrité morale. La rédemption d’autres peuples ou minorités est souvent passée par leur accès à l’emploi, à la réussite matérielle. Pas les Rastas. Depuis bientôt un siècle ils refusent de plier devant le système. Plutôt que de céder au chantage des employeurs ils préfèrent supporter la faim, plutôt que de retourner en esclavage ils renoncent au confort et aux tentations de la société de consommation. D’où tirent-ils ce courage ? Qui leur a insufflé cette inébranlable assurance en leur valeur ?

Il s’agit, là aussi, d’un travail. Reconstruire, rassurer, réinventer l’histoire, la culture, se réapproprier son destin : voilà à quoi s’occupent les rebelles jamaïcains depuis l’époque de la Grande Dépression. Tout le temps qu’ils ne passent plus sous la menace du fouet ils le passent à réfléchir. Leur pratique de « reasoning » (débat) s’appuie sur la lecture de textes, le commentaire de l’actualité, mais aussi sur les tambours. Count Ossie, le génie du repeater (tambour soliste des batteries rasta), explique comment la pratique du tambour permet aux idées de se décanter et aux solutions d’apparaître. Les grounations, soirées où se succèdent discussions et tambours, permettent aux participants de recréer l’harmonie et le sens dont l’histoire les a privés. Le rythme de base, joué par les funde, c’est celui du cœur. Sur sa pulsion les voix rudes s’élancent, les repeaters se libèrent, et le fils d’esclave renaît. Lavé de siècles d’oppression. Lavé de toute peur. Who shall I fear ? Il se dégage de ces fêtes une force spirituelle qui évoque nos religions – d’autant que beaucoup de chants sont des hymnes chrétiens recyclés ou des psaumes, comme le fameux Rivers of Babylone – mais ne nous y trompons pas. Rastafari n’est pas une religion au sens que nous lui donnons en Occident. Ce n’est pas la soumission à une interprétation unique du monde, l’acceptation inconditionnelle de ses lois. Le sentiment religieux qui anime Rastafari est plus proche de la pensée indienne que de la pensée chrétienne, explique le professeur Ajai Mansingh, historien de la communauté indienne de Jamaïque. C’est un mode de pensée où le divin et l’humain s’entrelacent, ou la divinité imprègne chaque atome, s’exprime dans chaque geste. Un geste contaminé par la peur ne peut pas être beau. Le geste libéré du batteur dénoue les entraves, fait jaillir le sens, le désir.

Les vieux Rastas appelaient cela « one love » : l’énergie de l’amoureux, mais sans objet précis. Maintenir le flow de cette énergie devient leur préoccupation constante. Contre l’humiliation et la haine, contre le claquement du fouet et tous les « uniformes de brutalité » ils dressent le rempart d’un optimisme sans faille, cet amour qui, comme dit Alfred Jarry, « n’a pas d’objet ».

L’attitude rasta prend un sens nouveau en cette période de montée des intégrismes. Les jeunes nourris de reggae tombent plus difficilement dans les filets des djihadistes, car ils ont appris à penser par eux-mêmes et à agir selon leur conscience. Aussi jouent-ils un rôle pacificateur dans les crises, notamment en Afrique. Certains gouvernements en ont pris conscience, et changent d’attitude à leur égard. En Côte d’Ivoire, où le reggae est la musique la plus populaire, le ministre d’état Moussa Dosso finance depuis deux ans un grand symposium rasta doublé d’un festival reggae, qui consolide la paix encore un peu branlante au sortir des massacres ethniques. Un peu partout une nouvelle image du Rasta est en train de voir le jour, plus positive, comme au Burkina Faso où un DJ et un chanteur rasta sont à l’origine du Balai Citoyen, le mouvement qui a chassé Blaise Compaoré, le leader corrompu.

Le mouvement change lui aussi. La frange la plus religieuse est passée de mode et nombreux sont les Rastas à rappeler que Rastafari n’est pas une religion. Cela simplifie les relations avec tous les jeunes, qu’ils soient musulmans ou chrétiens, athées ou animistes. Rasta est en train de se démarquer du pur mysticisme pour reprendre sa signification originale, essentiellement sociale et politique : celle d’une « Apocalypse du capital ». Mais on peut parier que les media du système ne mettront guère d’enthousiasme à propager cette nouvelle vision. On se demande pourquoi.


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Etienne Rodin est consultant. Il intervient auprès d’organisations publiques et privées sur des questions liées aux conditions de travail. Il est l’auteur de L’Horreur managériale (2011) chez les éditions L’Echappée.

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Luc Renaud est originaire de Hull au Québec. Diplômé en géographie de l’Université de Sherbrooke, il a depuis effectué plusieurs séjours à l’étranger alliant expériences culturelles et travail social de terrain avec des communautés locales en Afrique et en Amérique latine. Vidéaste depuis cinq ans, il traite, à travers le documentaire et la vidéo d’art, des questions touchant les notions de territoire et de colonialisme. Son dernier documentaire, co-réalisé avec Martin Bureau, a été diffusé dans différents pays et a reçu plusieurs mentions, dont une nomination comme “Meilleur documentaire de l’année” au Québec. Il travaille présentement sur un nouveau film et enseigne également la géographie au niveau pré-universitaire.

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Par les véhicules de la peinture, mais aussi de la vidéo installation et du documentaire, Martin Bureau s’affaire depuis une quinzaine d’années à construire un univers critique où la nature est confrontée aux technologies et à l’empreinte de l’homme. Dans une démarche où les notions de géopolitiques sont prépondérantes, il s’intéresse particulièrement à la colonisation et aux chocs des systèmes.

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Cinquante-trois ans ; deux enfants. J’ai beaucoup voyagé, notamment en Amérique latine et en Inde. J’ai étudié des langues dites « orientales » (haoussa, amharique, bengali, hindi, chinois, quechua).

Créateur et directeur de plusieurs collections de documentaires pour la jeunesse : chez Autrement, « Junior Histoire », dont les premiers titres sont parus en 2001, et que j’ai dirigé durant vingt-six volumes, jusqu’en 2008. Puis « Les Insoumis », chez un petit éditeur strasbourgeois (3 titres), « Enfants d’ailleurs » chez La Martinière (26 titres parus depuis 2005, dont une partie traduits et publiés aux États-Unis, au Royaume-Uni et en Allemagne). J’ai repris la collection « J’accuse ! » chez Syros Jeunesse, où j’ai aussi créé, sur ce modèle, la collection « Femmes ! », puis « Documents Syros » (9 titres parus), et « Au crible ! » (2 titres).

J’ai publié plusieurs essais politiques, dont un sur le cinquième centenaire du voyage de Colomb en Amérique, ainsi que Contre le travail des enfants (Desmaret, Strasbourg, 2001), Au travail les enfants ! (Homnisphères, Paris, 2007), OGM semences politiques (Homnisphères, 2008) et Toujours contre le travail (Aden, 2010). J’ai publié de nombreux articles politiques, notamment dans Le Nouvel Economiste, Les lettres françaises, Urbanisme, Le Sarkophage, ou encore les revues italiennes Libertaria et Rivista A.

J’ai fait plusieurs conférences, sur des thèmes qui me semblent importants, par exemple sur l’écologie devant un organisme consultatif des Nations unies en Italie en 2003, sur la tolérance à Besançon en 2007, ou sur la culture numérique en 2010 à Aubagne, sur Malcolm X et Martin Luther King à Boulogne-Billancourt en 2011. J’ai publié plusieurs articles de fond sur l’édition jeunesse, par exemple sur le site de Ricochet : http://www.ricochet-jeunes.org/arti...

Je cultive depuis dix-huit ans un potager de plusieurs centaines de mètres carrés, en bio (ni engrais de synthèse, ni pesticide, ni même antilimaces !). J’ai fourni durant trois ans l’épicerie Fauchon en citrouilles, et j’ai travaillé à la fourniture en légumes d’un restaurant deux étoiles durant cinq ans. Cette culture d’un potager biologique est un élément essentiel de mon activité. Chaque année, j’effectue des « essais » (par exemple, en 2011, les haricots noirs), et je tâche désormais de produire toutes mes semences pour ne plus dépendre des grainetiers commerciaux.

Delphine Maza

Née en 1976, Delphine Maza explore diverses formes d’écriture, littéraires, réflexives et audiovisuelles. Ainsi, elle collabore avec des revues telles que Spectre et la Revue des Ressources. Parallèlement, elle développe l’écriture audiovisuelle, documentaire (réalisation des "Chroniques de la Maison vide" ; "Alain Kremski, à la source du son" ; "La main tendue") ou fictionnelle (plusieurs scénarios en cours).

Philippe Bourdeau

Philippe Bourdeau est professeur à l’Institut de Géographie Alpine de Grenoble. Il étudie le rapport à l’Ailleurs des sociétés urbaines à partir de sujets comme les métiers et sports de montagne, les mutations du tourisme ou les dissidences récréatives. Il s’intéresse aussi au blues et au rock comme mythes géographiques. Il est (co)-auteur de "La Montagne, terrain de jeu et d’enjeux" aux éditions du Fournel, de "Sports d’hiver en mutation" aux éditions Hermès-Lavoisier, de "Géographie des sports en France" aux éditions Vuibert, et de" Tourisme : émancipation ou contrôle social ?" aux éditions du Croquant.

Joël Vernet

Joël Vernet est né en 1954 dans un petit village aux confins de la Haute-Loire et de la Lozère où il vécut durant une vingtaine d’années entre une ferme et une maison de village. Dès les années 1975, entreprend plusieurs voyages à travers le monde , plutôt des sortes de vagabondages qui le conduiront en Afrique, Asie, Europe. En particulier dans le désert saharien et dans le nord du Mali d’où il ne reviendra jamais tout à fait. Durant ces mêmes années, rencontre l’écrivain malien Amadou Hampâté Bâ à Abidjan, celui-ci l’invite à se convertir à l’islam. Sans succès. Vit alors à Treichville, quartier populaire d’Abidjan et partage la vie de quelques amis africains. Premières tentatives d’écriture. Dans les années 80, voyage en Egypte et au Soudan. Interrompt ses études universitaires pour se consacrer à l’écriture. Découvre l’œuvre de François Augiéras et commence à produire de nombreuses émissions pour France-culture, rendant hommage à des travaux de recherches, à des créateurs, à des inconnus tous attachés, à leur manière, à un certain art de vivre et de créer. Lit avec ferveur Augiéras, Bonnefoy, Bouvier, Char, Dietrich, Handke, Jaccottet, Juliet, Kamo no chômei, Perros, Rimbaud. . .

De 1983 à 1997 a réalisé plusieurs émissions radiophoniques pour France Culture (Les Nuits Magnétiques, Les chemins de la connaissance). Il a consacré notamment des émissions à l’écrivain malien Amadou Hampâté Bâ en direct de Bandiagara (Mali), au Burkina Faso.

Il crée en 1986 avec Philippe Arbazaïr, conservateur à la BNF, la revue Noir sur Blanc dans laquelle furent publiés de nombreux artistes contemporains du monde entier, poètes, peintres et photographes.

Dès les années 1988, commence à publier ses premiers livres grâce à Michel Camus et Claire Tiévant chez Lettres Vives, Bruno Roy, directeur des Editions Fata morgana. Rencontre le peintre Jean-Gilles Badaire, le photographe Bernard Plossu, Pierre Verger et d’autres artistes avec lesquels il entamera des aventures fécondes.

A l’automne 1997, séjourne trois mois à Montréal, à l’invitation de l’Agence Rhône-Alpes du livre et de l’Union des écrivains québécois.

A l’automne 1999, s’installe à Alep (Syrie) où il vivra deux ans. Découvre l’Est de la Turquie et le désert syrien. Quitte la Syrie et vit en retrait dans un petit village au sud de Lyon, au-dessus de la vallée du Rhône où il poursuit l’aventure d’une œuvre rare et profonde.

En 2001, obtient la bourse d’année sabbatique du Centre National du livre pour l’ensemble de son oeuvre.

Retourne au Québec en 2003 à l’invitation de la Maison de la Poésie de cette ville. Est invité en avril 2004 par le service culturel de l’Ambassade de France au Bahreïn pour une série de lectures, conférences.

En 2005, publie avec des photographies de Michel Castermans, "La Montagne dans le dos, Impressions du pays dogon", Ed Le Temps qu’il fait, livre qui traduit des années de voyages dans cette partie du monde.

En octobre 2007, réalise un livre à huit mains avec le peintre Jean-Gilles Badaire, les photographes Bernard Plossu et Daniel Zolinsky. Une exposition a lieu au même moment à La Fabrique du pont d’Aleyrac (Ardèche) et le livre "Chemins, détours et fougères, un tour du monde en Ardèche", témoigne d’une véritable aventure de création et fut publié à La Part des Anges grâce au soutien du Conseil Général de l’Ardèche et de La Fabrique du pont d’Aleyrac, lieu de rencontres artistiques au cœur de l’Ardèche animé par Annie et Bernard Mirabel.

Il a dirigé un numéro des Editions Autrement consacré aux Pays du Sahel. Entretiens avec Théodore Monod, René Dumont et d’autres africanistes de renom.

En octobre 2004, il édite avec Marie-Ange Sébasti, chercheuse à La Maison de l’Orient de Lyon, un livre collectif sur le site d’Ougarit en Syrie : "Ougarit, la Terre, le ciel", éditions La Part des Anges, à l’occasion de l’exposition consacrée à Ougarit au Musée des Beaux-Arts de Lyon.

Ces dernières années, nombreux voyages en Asie centrale, Laponie finlandaise, Russie, Ukraine, Maroc.

Elisée Personne

Elisée Personne est un pseudonyme.

Roland Jaccard

Roland Jaccard est né en 1941 à Lausanne. Il a collaboré pendant trente-cinq ans au supplément littéraire du " Monde " et créé la collection "Perspectives Critiques" aux Presses Universitaires de France. Il collabore au magazine "Causeur" et publiera son dernier livre chez Grasset début 2013 sous le titre : "Ma Vie et autres trahisons".

Vous pouvez visiter son site : site de Roland Jaccard
Ses articles dans le site :
Anonyme

Anonyme est une énigme. Ni star, ni personnalité, ni individu, ni expert, ni pseudonyme... Zéro égocentrisme. Zéro culte de la personnalité. Une poussée underground.

Marin Ledun

Marin Ledun est né en 1975 à Aubenas, en Ardèche. Traduit dans plusieurs pays, ses romans ont reçu de nombreux prix littéraires comme le trophée 813 du roman noir français et le Grand Prix du roman noir du Festival de Beaune pour Les Visages écrasés ainsi que le Prix mystère de la critique pour La Guerre des Vanités, et le Prix Plume libre pour Modus Operandi.

Vous pouvez visiter son site : http://www.pourpres.net/marin/
Ses articles dans le site :
Henri Mora

Henri Mora est né en région grenobloise. Il s’intéresse depuis déjà quelques temps à la critique sociale et notamment à la critique de la société industrielle, du travail et de la marchandise (et de leurs conséquences). Il a réuni un ensemble de textes et de documents dans un recueil qui a pour titre "Chambard dans les Chambarans - S’opposer à Center Parcs et à la marchandisation du monde", édité par Le Monde à l’envers. Il a par ailleurs participé à la traduction d’un ouvrage de Miguel Amoros dont le titre en français est : "Les Situationnistes et l’anarchie", ouvrage publié aux éditions de La Roue. On peut retrouver certains des textes qu’il a écrits ou auxquels il a contribué sur le site Internet de PMO (Pièces et Main d’œuvre) ou sur le blog "Opposition à Center Parcs".

QoCP

Quelques opposants à Center Parcs (QoCP) rassemble un collectif d’opposants au projet de Center Parcs dans la forêt des Chambarans, en Isère.

Correspondances : QOCP, lotissement n°1, La Roseraie, 26350 Le Grand Serre - Mail : qocp orange.fr

En librairies et en bibliothèques : Chambard dans les Chambarans

Vous pouvez visiter son site : http://chambarans.unblog.fr/
Dikann

Ingénieur en biotechnologie. A travaillé dans le monde agricole pendant plusieurs années, puis dans le milieu de la finance, sur les marchés de matières premières.

A vécu plusieurs années en Suisse (Zürich), au Japon (Tokyo) et en Indonésie (Jakarta). A commencé à pratiquer la peinture et le graffiti en 1991 au sein d’un collectif d’artistes à la Rote Fabrik à Zürich (Suisse), un lieu artistique alternatif.

A étudié le mouvement Gutaï et la notion de créativité à partir du « zéro absolu » à l’Université des Arts de Tokyo, de 1993 à 1997.

A créé et animé à Paris une maison d’édition en sciences humaines et sociales de 2002 à 2010.

Depuis 2009, installé à Lorient comme artiste plasticien et art-thérapeute certifié par l’Etat (Master II, Mémoire sur la question de la création collective en atelier d’art thérapie à médiation plastique au sein d’un groupe de patients psychotiques, névrotiques et souffrant de troubles envahissants).

En tant qu’artiste plasticien, travaille sur la question des représentations de l’inconscient et des archétypes ainsi que sur les représentations symboliques de l’homme dans tous ses états. En tant qu’art-thérapeute, anime des ateliers à médiation plastique et des ateliers d’écriture en hôpitaux psychiatriques.

Nombreuses expositions en France et à l’étranger (Japon, Indonésie, Malaisie, Inde).

Auteur de documentaires Jeunesse chez La Martinière, Syros et Gulf Stream Editions.

Vous pouvez visiter son site : Dikann
Ses articles dans le site :
HUKO

Groupe Huxley-Ubu-Kafka-Orwell

Joignable à cette adresse : groupe.huko autistici.org

Mirko Locatelli

Mirko Locatelli a collaboré à la rédaction de Moins !, journal romand d’écologie politique créé avec quelques amis objecteurs de croissance en 2012. Travailleur social de formation, il s’est évertué à trouver n’importe quel prétexte pour préserver sa force de travail des griffes du marché qui, de son côté, semble s’être fort bien passé de ses services. Mirko est décédé en 2016, à l’âge de 35 ans.

Vous pouvez visiter son site : Moins !
Christophe Huret

Christophe Huret est photographe indépendant et art-thérapeute. Il est notamment l’auteur de La vie au travail, publié chez les éditions du Croquant.

Hélène Lee

Hélène Lee est une journaliste française originaire du Sud-Est de la France. Après des études de lettres et de langues (Russe, Anglais, Japonais) elle quitte la France et séjourne plusieurs années au Japon, où elle participe au travail de la troupe de théâtre d’avant-garde Tenjosajiki. Elle se rend en Jamaïque en 79 et entame une carrière de journaliste. Pendant 23 ans ses articles pour Libération, Rock et Folk et autres media dessinent un portrait inédit de cette île musicale, et de toutes les musiques du Tiers-monde alors en train d’émerger. Elle fera découvrir au public français les groupes historiques du reggae en les invitant en tournée, comme la Mystic Revelation of Rastafari (Théâtre de la Ville) ; par ailleurs elle orchestre les débuts français de chanteurs africains comme Alpha Blondy. En 2001 elle s’implique dans la lutte des musiciens jamaïcains pour leurs droits, suscitant un long procès qui s’achèvera par la victoire de l’avocat des Jamaïcains, Me André Bertrand. Parallèlement elle publie des essais : « Rockers d’Afrique » (Albin Michel, 1987), « Le Premier Rasta » (Flammarion, 1999), « Voir Trench Town et mourir » (Flammarion 2003), et des traductions (notamment des textes de Marcus Garvey). Sa filmographie inclut « Jimmy Cliff, Moving On » (Arte, 52’, avec François Bergeron), « Bons baisers de Barbès » (FR3, 52’), « Une voix sur le Maroni » (FR3) et plusieurs 26’. En 2011 elle dirige l’adaptation cinématographique du « Premier Rasta », son ouvrage de référence sur Leonard Howell, le fondateur du mouvement rasta. Le documentaire a reçu de nombreux prix. Hélène Lee a 69 ans, elle vit dans les Cévennes.

Ses articles dans le site :